Jesuitenschreck adee oder Von der Vergänglichkeit selbst des Bösen Du tatest lang und wacker Deine Pflicht Als Teufelsbraten und als Bösewicht Du warst so finster, schwarz und schauerlich Der Wandrer, der Dich sah, bekreuzte sich Und heut, nach guten hundert Jahren schon Gehst Du honoris causa in Pension Karikatur von Rene Gilsi Nebelspalter, 19. Juli 1972, Nr. 29. www.nebelspalter.ch
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Levée de l’interdiction de l’Ordre en Suisse en 1973 Le décret interdisant l’ordre des Jésuites en Suisse, puis sa levée, sont tous deux étroitement liés au contexte politique et religieux de l’époque. Au 19e siècle, le pays a en effet traversé des périodes tumultueuses, d’abord jusqu’à la naissance de l’Etat fédéral en 1848, puis, à nouveau au moment du Kulturkampf (1870 - 1878). Celui-ci était au départ un différend politique entre les radicaux et les conservateurs, mais il a ravivé les tensions entre protestants et catholiques. C’est aussi dans ce contexte qu’est née l’agitation autour des couvents et des jésuites. Il suffisait que les radicaux évoquent l’expansion inquiétante de la Compagnie de Jésus pour que les conservateurs catholiques voient en elle un rempart et un solide atout. A l’issue de la guerre du Sonderbund, la Diète fédérale promulgua l’ordre d’expulsion contre 250 jésuites le 3 septembre 1847, puis intégra dans la Constitution fédérale de 1848 l’article 58 qui interdit toute activité des jésuites en Suisse. La Constitution adoptée ensuite par le peuple et les cantons à l’époque du Kulturkampf, en 1874 – et qui devait perdurer jusqu’en 2000 –, prévoyait, à l’article 51, un durcissement supplémentaire de l’interdiction de l’Ordre, que le texte ne parvint finalement pas à rendre. L’article 52 y ajouta l’interdiction de fonder et de restaurer des couvents. En 1973, année de l’abrogation des articles d’exception, le paysage politique et religieux de la Suisse avait totalement changé. Dès le début du 20e siècle, l’Etat fédéral de 1848 s’est imposé comme une évidence pour tous les Suisses. Les tensions du Kulturkampf se sont atténuées, et les épreuves communes traversées durant les deux guerres mondiales ont contribué au rapprochement des deux confessions. Après 1945, il est devenu de plus en plus difficile au gouvernement de faire appliquer ces règles d’exception, car elles avaient perdu toute légitimité politique et avaient conduit à une discrimination flagrante des catholiques. Une réforme s’imposait, qui devait passer par une révision constitutionnelle. La révision a été amorcée avant même la Deuxième guerre mondiale. Un pas décisif a ensuite été franchi en 1954, avec la motion déposée par le conseiller d’Etat Ludwig von Moos (OW), qui a mis du temps à être adoptée: l’expert Prof. Werner Kägi, de Zurich, a en effet progressé péniblement en raison de l’ampleur de la tâche. Ce retard a également eu des avantages. L’entrée de la Suisse au Conseil de l’Europe a ainsi ouvert la discussion sur la ratification de la Convention européenne des Droits de l’Homme, et l’introduction du suffrage féminin a démontré que les obstacles que dressaient les préjugés et certaines inquiétudes pouvaient être surmontés. Mais surtout, durant cette période s’est déroulé le Concile Vatican II, qui a donné un nouveau positionnement à l’Eglise catholique et à ses congrégations par rapport à l’Etat, à la société et à l’Eglise évangélique. Tel un «cadeau de Noël à la principale minorité du pays», le gouvernement adopta, le 23 décembre 1971, le «message du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale sur l’abrogation des articles de la constitution fédérale sur les jésuites et les couvents». Ce dernier exigeait la suppression sans contrepartie des deux articles, en invoquant leur position contradictoire avec les règles fondamentales de la constitution. Durant les sessions parlementaires de l’été et de l’automne 1972, les débats tournèrent moins autour de l’acceptation ou non de la suppression des articles que sur l’étendue et la forme à donner à la révision (p.ex. introduction d’un article sur la tolérance, unité de la matière). Le Conseil des Etats accepta finalement en l’état le projet du gouvernement par 37 voix contre 0, le Conseil national per 121 contre 3. Les votations furent fixées au 20 mai 1973. Or, c’est aussi un 20 mai, 450 ans auparavant, qu’Ignace de Loyola avait été blessé à Pampelune – événement à l’origine de sa conversion. Personne ne savait quel sens donner à cette étrange coïncidence. La campagne dura deux ans et demi. Pour une campagne suisse, elle fut particulièrement vive, parfois même violente. Dès le début de la campagne, une manifestation qui rassembla 3000 personnes à Berne le 10 mars donna le ton du débat et révéla la forte mobilisation des opposants. Ceux-ci limitèrent les discussions au niveau confessionnel – une stratégie efficace, comme la suite des événements devait le montrer. Ce qui, au 19e siècle, était « seulement » un moyen pour parvenir à un objectif, était désormais devenu le point de mire systématique. Cela conduisit bien souvent à des attaques subjectives relevant de l’affectif et dirigées contre les jésuites bien sûr, mais aussi contre l’Eglise catholique toute entière. Le Concile Vatican II ne semble pas avoir été l’objet des oppositions. Les détracteurs pointaient le doigt sur tout ce qui n’allait pas dans l’Eglise catholique : le pape, les nonces, les écoles confessionnelles, l’ultramontanisme, la progression du catholicisme (1 million d’étrangers à majorité catholique), le catholicisme politique. Il devint impossible de faire la différence entre ce qui relevait de désaccords flagrants et ce qui n’était que des contrevérités utilisées à des fins démagogiques. La défiance qui persistait entre les confessions fut exploitée au maximum. Les opposants avaient pour mot d’ordre: révéler à la Suisse le complot du pape. Ils ne semblent pas avoir bien réalisé que par leur attitude, ils montaient l’ensemble des catholiques contre eux. Par chance, chez les protestants, un certain nombre de personnalités usèrent de leur autorité pour calmer les tensions, comme l’ancien Conseiller fédéral Wahlen, l’ancien colonel commandant de corps Ernst et le pasteur Dr Schatz entouré de sept cent pasteurs évangéliques. Avec 790’799 voix contre 648’959 (55 contre 45%) et avec 16,5 cantons favorables à la réforme face à seulement 5,5 contre, la suppression des articles interdisant les jésuites et les couvents fut bien accueillie. La participation s’éleva à 39,7%. Il ressortit clairement que les trois plus grands cantons faisaient partie de ceux qui avaient refusé la suppression: les cantons de Berne et de Vaud y était majoritairement opposé, celui de Zurich à une courte majorité seulement. L’analyse détaillée des résultats confirma ce que la campagne avait déjà révélé: le fossé entre opposants et partisans ne se trouvait pas entre la Suisse romande et la Suisse alémanique – comme cela avait été le cas pour le droit de vote des femmes – ni entre la ville et la campagne, mais bien entre les confessions. L’appartenance à un parti n’avait guère joué de rôle non plus. La réconciliation entre les deux églises n’était donc pas consommée. Cela étant dit, une tolérance acquise avec effort, à travers des actes, vaut toujours plus qu’une tolérance théorique, couchée sur le papier sous la forme d’un article. Le résultat favorisa donc la paix confessionnelle – comme les événements l’ont incontestablement prouvé depuis – en mettant fin à plus d’un siècle de discrimination des catholiques.
Josef Bruhin SJ, Zürich
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